Jordan Bardella : le dauphin frustré
Condamnée en appel ce mardi à Paris pour détournement de fonds, Marine Le Pen a surpris la France en annonçant sa candidature pour 2027 au 20h de TF1. Accompagnée de son dauphin Jordan Bardella, la patronne du RN a lancé sa campagne ce mercredi 8 juillet, sur un marché de la Sarthe, tout en insistant sur l’existence d’un « binôme ».
Pendant des mois face aux soucis judiciaires de Marine Le Pen, Jordan Bardella s’est échauffé sur la ligne de touche, prêt à être candidat naturel du RN. Dans le QG, ses affiches de campagne étaient même déjà prêtes. Patatras : ce mardi, le verdict tombe et la cheffe de file conserve son éligibilité. À peine vingt-quatre heures plus tard, mercredi 8 juillet, le jeune président du parti se retrouve à distribuer des tracts sous les sifflets des opposants au marché de la Flèche, en Sarthe, sagement rangé un pas derrière elle.
Pour le dauphin, qui semblait presque absent et effacé lors de ce déplacement, le retour sur terre est un poil brutal. Interrogé sur sa mise à l’écart, il sort : « Ce n’est ni un soulagement ni une déception ». Évidemment. À 30 ans à peine, il incarnait pourtant le plan B idéal : presque célèbre sur TikTok, aucun passif judiciaire et une image de gendre idéal capable de briser le plafond de verre du nom « Le Pen ». Dans les couloirs du Carré dans le 16e arrondissement de Paris, ça murmurait déjà que l’élève était prêt.
Choisir entre image ou héritage
Même si Bardella a sagement joué le jeu lors de ce premier bain de foule électrique, la question de ses réelles capacités à présider se pose.
D’un côté, son profil coche toutes les cases de la modernité : une communication entraînée, loin des vieux fantômes du Front National. De l’autre, l’on pointe un emballage un peu trop parfait.
Peut-on diriger une puissance nucléaire quand l’essentiel de son CV se résume à des punchlines de 12 secondes et à un absentéisme remarqué au Parlement européen ? En préférant s’aligner derrière une candidate qui pourrait faire une campagne avec un bracelet électronique à la cheville, le RN choisit la légitimité historique plutôt que le pari de la modernité.
Jordan Bardella, lui, attend son heure. Sa consolation : il est d’ores et déjà promis à Matignon au sein de ce fameux « binôme ». En attendant, il lui faudra continuer de sourire sagement sur les marchés, les bras croisés, mais en croisant les doigts pour que la justice s’occupe de son cas et lui fasse une passe décisive inespérée pour 2027.
Yoan BELA.



