Le 14 juillet sous les yeux d’une jeunesse qui s’engage
À l’occasion de la Fête nationale sur les Champs-Élysées, nous mettons la lumière sur cette jeunesse qui s'engage : celle qui soutient dans la foule, s'engage sous l'uniforme et sauve sur le terrain.
REPORTAGE

Le soleil commence à peine à chauffer le pavé de la plus belle avenue du monde. Il n’est que 8h00 mais l’ambiance est déjà installée. Pour accéder aux barrières, c’est un vrai parcours du combattant : trois passages de sécurité à franchir, des palpations en série, et ce fameux QR code sur l’écran des téléphones finalement maintenu pour pouvoir approcher le cœur de l’événement.
En attendant d’accéder aux Champs-Élysées, on observe un cortège de bus nous dépasser. À l’intérieur, des étudiants militaires, nous faisant coucou à travers les fenêtres ou alors concentrés, le regard déjà fixé sur l’horizon. Très vite, ils se déploient et se mettent en rangs parfaits sous le regard des premiers spectateurs qui ont sacrifié leur sommeil pour coller ces barrières.
Le décor est posé, l’ambiance est lourde, presque irréelle, des chants militaires comme la Strasbourgeoise résonnent à travers les murs haussmanniens aussi rythmés par le bruit et les allers-retours incessants des hélicoptères dans le ciel de Paris.
« On profite de la Fête Nationale à fond »
Installé juste en face du Five Guys, le public s’entasse. Sous le commandement grésillant des haut-parleurs, les troupes des soldats alternent les positions : « Garde à Vous ! » ou « Repos ! ». L’attente est longue sous le soleil qui lui aussi s’installe petit à petit. Face à la foule, les militaires restent stoïques, mais la solidarité reprend vite ses droits : discrètement, ils s’échangent des bouteilles d’eau pour tenir le coup.
Dans la foule compacte, les enfants poussent pour se faufiler au premier rang, tandis qu’à l’arrière, les retardataires arrivés après tout le monde râlent déjà de ne rien voir. C’est ici, donc calé contre la barrière, que l’on croise Pierre, 18 ans. Venu tout droit de l’Essonne, il ne voulait rater ça pour rien au monde : « C’est la première fois qu’on vient voir le défilé. Je pense que c’est quelque chose à faire au moins une fois dans sa vie, c’était l’occasion. On profite de la Fête Nationale à fond, hier soir on a admiré le feu d’artifice de la Tour Eiffel. »
Ce qu’il attend de voir le plus ? « Le défilé aérien, les avions quand même ça peut être impressionnant et ça peut être sympa. » Est-ce que d’être plongé dans cette ambiance militaire pourrait lui donner envie, lui qui est jeune de s’engager ? Pierre sourit, un peu perdu et gêné : « Oui pourquoi pas, j’ai déjà eu l’idée mais je ne sais pas trop, je suis surtout là pour admirer et profiter. »
Un peu plus loin, Émilie, 22 ans, a fait le voyage depuis Lyon. Pour elle, ce défilé a un goût particulier, presque intime. Deux de ses amis d’enfance sont dans les rangs ce matin. L’un est en troisième année à l’École du Personnel Paramédical des Armées, bientôt dispatcher dans un Hôpital d’Instruction des Armées (HIA). L’autre est mécanicien aéronautique.
Pour la jeune Lyonnaise, l’émotion est grande, la nuit a été courte : « Je suis très très fière, trop contente, moi-même cette nuit j’ai eu du mal à dormir car je stressais pour eux. C’est très chouette et très impressionnant de voir autant de militaires devant nous, je suis donc très fière de ce qu’ils font et de ce qu’ils représentent. »
Les frissons de l’ouverture du défilé
À l’approche de 10h00, la tension monte d’un cran. Les militaires se mettent en rang. L’attente debout sous le soleil est compliquée : un soldat fait un malaise à force d’attendre sous le soleil.
Heureusement, plus de peur que de mal, il revient rapidement dans les rangs sous les applaudissements chaleureux et respectueux de la foule. Une belle preuve de courage.
Puis à 10h06 et non à 9h50 annoncé, le président de la République et chef des armées Emmanuel Macron commence à descendre les Champs-Élysées dans le Command Car accompagné de Fabien Mandon chef d’état-major des armées. Pour y faire la revue des troupes. Sans surprise, quelques sifflets se font entendre dans la foule, vite balayés par la solennité du moment.
Sécurisés par la grande escorte mixte composée de 28 motocyclistes (motards) de la Garde mais aussi plus traditionnellement par les 157 chevaux de la majestueuse cavalerie de la Garde républicaine qui n’est utilisée qu’à cette occasion.
Aux alentours de 10h30, vient le moment de lever les yeux vers le ciel. Neufs avions passés à toute vitesse nous laissent apercevoir une trainée bleue blanc rouge dans le ciel [à ce moment-là ils étaient 11 avions, dont deux avions biplace copilotés par des soldats ukrainiens ndlr].
Un grondement sourd fait trembler les vitrines des Champs. Le défilé aérien débute. Pas moins de 98 avions sont passés aux dessus des Champs-Élysées.
« Rester assis sur une chaise en amphi, c’était pas pour moi »
Pour ceux qui marchent au pas, ce défilé est l’aboutissement d’un choix de vie radical. En s’éloignant de la foule des Champs Élysées dans une rue un peu plus loin, on croise par chance Raphaël. Le jeune militaire de 20 ans, encore essoufflé il est accompagné de sa maman, dont le regard brille d’une fierté immense. Entre toutes les félicitations, il accepte de nous livrer son ressenti.
Pour lui, l’uniforme s’est imposé comme une évidence face au cours des amphis traditionnels : « Franchement, moi j’avais besoin de bouger, de faire un truc concret. Rester assis sur une chaise en amphi, c’était pas pour moi. Je voulais de l’action, me dépasser, et surtout me sentir utile. Quand tu mets l’uniforme, tu sais pourquoi tu te lèves le matin. Tu ne bosses pas pour un patron ou pour de l’argent, tu sers ton pays et tu protèges les gens.»
Le défilé ? Le jeune homme en parle encore avec des étoiles dans les yeux, sous l’œil ému de sa mère : « C’est vraiment difficile de trouver les mots, je me sens vraiment honoré ! J’avais des frissons partout. »
Son message pour les jeunes de sa génération : « En fait faut pas avoir peur de s’engager ou de tenter le coup. Souvent on pense que l’armée c’est juste “obéir et se taire”, mais c’est faux. On apprend à se connaître, à découvrir des forces qu’on ne pensait même pas avoir. Donc voilà je dirai qu’il faut oser. »
« Ma famille a toujours été tournée dans l’aide à la personne
L’engagement de la jeunesse ne s’arrête pas aux pavés des Champs-Élysées. Loin de la capitale, dans l’Essonne, Yann, 19 ans, vit lui aussi son 14 juillet.
Secouriste associatif au sein de l’unité mobile de premiers secours de l’Essonne depuis ses 16 ans, il a ça dans le sang : « Depuis que je suis petit, je suis mon frère qui est sapeur-pompier professionnel et volontaire, ma famille a toujours été tournée dans l’aide aux personnes. »
Aujourd’hui, alors qu’il effectue son service civique, Yann est chef de poste sur un dispositif de secours avec les communes pour encadrer les festivités du 14 juillet. Sa mission ? Gérer les interventions, collaborer avec la police ou les pompiers, et s’adapter à toutes les urgences. Un investissement énorme en temps qu’il ne calcule pas : « L’expérience humaine est telle que je ne me préoccupe pas tant du temps dépensé pour la cause. »
À 19 ans à peine, Yann se retrouve avec des responsabilités exceptionnelles sur le terrain. Une pression qu’il gère avec une maturité impressionnante : « Mon but c’est de la canaliser pour rester concentré et ne pas la faire ressentir à mes équipes et à la victime.»
Quand on lui demande ce qui l’a définitivement ancré dans ce choix de vie, il ne parle pas d’une intervention spectaculaire, mais d’une rencontre humaine. Une jeune gymnaste blessée au genou lors de sa première grande compétition, en larmes et anxieuse. Yann a su trouver les mots, les gestes, lui fabriquant même un petit doudou avec un gant d’intervention pour capter son attention. « Ce qui m’a consolidé dans mon choix d’engagement c’est le fait qu’elle est arrivée à l’hôpital avec le sourire et apaisée et qu’elle nous ait dit “merci”. »
Un engagement qui résonne aussi avec son histoire personnelle. Passionné d’histoire et de la Seconde Guerre mondiale comme son père, Yann participe depuis ses 14 ans à des reconstitutions historiques en incarnant un soldat de la 7e Armored Division américaine (celle qui a libéré son département de naissance).
Déjà 12 heures et demie sur les Champs-Élysées, la foule commence lentement à se disperser. L’avenue se vide, les sourires s’affichent sur les visages fatigués mais ravis. Le défilé est terminé, et pour tous ces jeunes croisés aujourd’hui, l’engagement ne s’arrête pas là. Il ne fait que commencer.
Yoan BELA.



